Pour des enfants pas comme les autres mais qui, comme les autres, sont des enfants…

Une chanson… pas comme les autres…

Ceux que l’on met au monde

 

 

Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennent pas.
C’est ce que l’on nous montre et c’est ce que l’on croit.
Ils ont une vie à vivre on n’peut pas dessiner
les chemins qu’ils vont suivre, ils devront décider.
C’est une belle histoire que cette indépendance,
une fois passés les boires et la petite enfance,
qu’il ne faille rien nouer qu’on ne puisse pas défaire
que des nœuds pas serrés des boucles, si l’on préfère.
Ceux que l’on aide à naître ne nous appartiennent pas,
ils sont ce qu’ils veulent être qu’on en soit fière ou pas.
C’est ce que l’on nous dit, c’est ce qui est écrit
la bonne philosophie la grande psychologie.
Et voila que tu nais et que t’es pas normal
t’es dodu, t’es parfait le problème est mental.
Et voilà que c’est pas vrai que tu vas faire ton chemin,
car t’arrêteras jamais de n’être qu’un gamin.
Tu fais tes premiers pas, on se laisse émouvoir,
mais les pas que tu feras ne te mèneront nulle part.
Qui es-tu si t’es pas un adulte en devenir ? {…}
C’est pas c’qu’on m’avait dit, j’étais pas préparée…
t’es à moi pour la vie le Bon Dieu s’est trompé
et y a le diable qui rit dans sa barbe de feu
et puis qui me punit d’l’avoir prié, un peu,
pour que tu m’appartiennes à la vie, à la mort. {…}
Il t’a jeté un sort : t’es mon enfant d’amour,
t’es mon enfant spécial, un enfant pour toujours,
un cadeau des étoiles, un enfant à jamais, un enfant anormal.
C’est ce que j’espérais, alors pourquoi j’ai mal ?
J’aurais pas réussi à me détacher de toi…
Le destin est gentil tu n’e t’en iras pas, t’auras pas dix huit ans, {…} t’auras besoin de moi mon éternel enfant {…}.

Ta jeunesse me suivra jusque dans ma vieillesse.
Ton docteur a dit ça, c’était comme une promesse !
Moi qui avais tellement peur de te voir m’échapper,
voilà que ton petit cœur me jure fidélité !
Toute ma vie durant j’conserverai mes droits,
mes tâches de maman et tu m’appartiendras.
Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennent pas. {…}
C’est une belle histoire que cette histoire-là…
Mais voilà que – surprise ! – mon enfant m’appartient !
Tu te fous de ce que disent les auteurs des bouquins :
t’arrives et tu m’adores et tu me fais confiance
de tout ton petit corps, de toute ta différence.
J’serai pas là de passage comme les autres parents,
qui font dans le mariage le deuil de leur enfant.
J’aurai le privilège de te border chaque soir,
et certains jours de neige de te mettre ton foulard,
à l’âge où d’autres n’ont que cette visite rare,
qui vient et qui repart par soir de réveillon.
Tu seras le bâton de ma vieillesse précoce
en même temps que le boulet qui draînera mes forces.
Tu ne connais que moi et ton ami Pierrot
que je te décris tout bas quand tu vas faire dodo
et tu prends pour acquis que je serais toujours là
pour t’apprendre cette vie que tu n’apprendras pas
car ta vie s’est figée, mais la mienne passera.
J’me surprends à souhaiter que tu trépasses avant moi…
On ne peut pas t’admirer autant que je t’admire,
moi qui ai la fierté de te voir m’appartenir.
J’voudrais pas qu’on t’insulte {…} parce qu’on t’connaîtrait pas.
Si le diable s’arrange pour que tu me survives,
que Dieu me change en ange que je puisse te suivre !
Ceux que l’on met au monde ne nous appartiennent pas,
à moins de mettre au monde un enfant comme toi.
C’est une belle histoire que celle qui est la nôtre,
pourtant je donnerais ma vie pour que tu sois comme les autres…

Linda Lemay, 1999

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